Les politiques agricoles et les distorsions du marché mondial

Etant le pilier essentiel de la vie humaine, le déséquilibre de la production agricole entraîne une insuffisance alimentaire considérable dans le monde surtout dans les pays en voie de développement. Dans un grand nombre de pays en développement identifiés par la FAO, le secteur agricole demeure essentiellement sous-développé, qu'il s'agisse de la production destinée au marché national ou de la production pour l'exportation. Plusieurs facteurs se sont conjugués, à des degrés divers selon les pays, qui expliquent le sous-développement de l'agriculture.



Les politiques agricoles et les distorsions du marché mondial
Mis à part les problèmes d’ordre naturel, deux facteurs clés apparaissent cependant clairement. Le parti politique qui a défavorisé l'agriculture par le passé et les graves distorsions des marchés agricoles mondiaux causées par la protection et le subventionnement de ce secteur dans nombreux pays développés. Le parti pris politique qui, dans la plupart des pays en développement, a défavorisé le secteur de l'agriculture, tel qu'il se manifeste par l'imposition directe et indirecte de la production et des exportations agricoles, est imputable à différentes raisons. D'abord, pendant la période qui a suivi immédiatement l'accession de ces pays à l'indépendance, l'agriculture était, dans nombre de pays, la seule activité économique viable qui puisse remplir les coffres de l'État par le biais des taxes. Une deuxième raison, importante elle aussi, a été l'interactif social et politique qu'était le maintien de prix abordables de l'alimentation, ce qui a été obtenu, habituellement, par la mise en place d'offices de commercialisation contrôlés par l'État. L'imposition indirecte des exportations agricoles a été due principalement à une surévaluation du taux de change. Tous ces facteurs se sont combinés et leur conséquence involontaire a été de déprimer les prix des produits agricoles et la rentabilité de l'agriculture.

Depuis la fin des années 80 et le début des années 90, de nombreux de pays en développement ont introduit des réformes politiques dont les objectifs communs sont de d'améliorer la productivité; d'accroître la production nationale de denrées alimentaires de base pour en exploiter tout le potentiel; d'améliorer la qualité des produits; et de diversifier la production et les exportations en encourageant l'exploitation de nouvelles récoltes et le traitement des produits primaires. L’expérience du rapide développement de la production agricole dans les pays riches depuis 50 ans, particulièrement en Europe, mais aussi dans les pays du Sud qui ont pu se développer globalement, montre en effet que ces progrès agricoles n’ont été possibles que sous la pression des organisations paysannes, qui ont su imposer aux gouvernements des politiques agricoles conformes à leurs intérêts, essentiellement par deux moyens :
1) une protection minimale du marché intérieur contre des importations à bas prix, de manière à garantir des prix agricoles rémunérateurs
2) une réforme agraire garantissant l’accès du plus grand nombre à la terre et aux autres moyens de production (intrants, matériel, notamment grâce à des crédits agricoles subventionnés, des conseils techniques et à l’organisation des producteurs).

Le deuxième facteur clé qui limite le potentiel agricole des pays en développement c'est-à-dire le degré élevé de subventionnement et de protection accordés à l'agriculture dans le monde développé demeure un problème sérieux. Le soutien et la protection considérables dont bénéficie l'agriculture dans les pays en développement affectent en effet de plusieurs façons les pays développés. Le soutien de l'agriculture encourage une production excessive, laquelle, à son tour, accroît l'offre sur les marchés mondiaux en réduisant la demande d'importations ou en augmentant l'offre à l'exportation et déprime les cours mondiaux. De ce fait, il est plus difficile pour les producteurs des pays en développement de soutenir la concurrence sur leurs marchés nationaux ainsi que sur les marchés internationaux, ce qui a pour effet de décourager la production et de retarder le développement du secteur agricole.

Le subventionnement des exportations fausse également les marchés mondiaux et a souvent pour effet de déstabiliser les cours mondiaux, les pays développés ayant tendance à avoir davantage recours aux subventions lorsque les prix mondiaux sont faibles, ce qui exerce une pression supplémentaire à la baisse des prix. D'un autre côté, les exportations subventionnées tendent à diminuer lorsque les cours mondiaux sont élevés, c'est-à-dire précisément au moment où les pays en développement pourraient semble-t-il "bénéficier" d'approvisionnements subventionnés. Les pays en développement ont donc intérêt à ce que tant le soutien intérieur que le subventionnement des exportations soient réduits dans les pays développés. Toutefois, ils ont intérêt aussi à veiller à ce que les disciplines qui ont pour but de limiter les excès de certains pays développés ne les empêchent pas d'adopter des politiques appropriées pour appuyer leur propre développement agricole.


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Lundi 21 Avril 2008
Fabienne Rafidiharinirina
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